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Histoire des arts : un itinéraire lyrique et tragique.

Histoire des Arts : itinéraire lyrique et tragique...

Par admin leon-blum, publié le mardi 20 janvier 2015 17:19 - Mis à jour le vendredi 8 avril 2016 17:24

Accès au PDF "Poèmes à Lou"...

Poèmes choisis pour cet itinéraire : les poèmes en vers sont cités plus bas sur cette même page car ils ont été commentés en vue de l'épreuve d'histoire des arts...

A la fin de cet article figure une biographie de Guillaume Apollinaire.

Nice, fin octobre-novembre 1914

Nimes, le 2 février 1915, "La mésange"

Entre Châtillon et... le 5 avril 1915, "Train..."

Entre Bar-sur-Aube et... le 5avril 1915, "Il y a"

Mourmelon, le 6 avril 1915 "Ma Lou... dans les tranchées"

Courmelois, le 18 avril 1915 "Mon Lou ma chérie, je t'envoie aujourd'hui..."

Le secteur des Hurlus, septembre 1915 "Lorsque deux coeurs se sont vraiment aimés..."

 

✽ Nîmes, le 2 février 1915 — LA MÉSANGE

Les soldats s’en vont lentement

Dans la nuit trouble de la ville.

Entends battre mon cœur d’amant.

Ce cœur en vaut bien plus de mille

Puisque je t’aime éperdument.

Je t’aime éperdument, ma chère,

J’ai perdu le sens de la vie

Je ne connais plus la lumière,

Puisque l’Amour est mon envie,

Mon soleil et ma vie entière.

Écoute-le battre mon cœur !

Un régiment d’artillerie

En marche, mon cœur d’Artilleur

Pour toi se met en batterie,

Écoute-le, petite sœur.

Petite sœur je te prends toute

Tu m’appartiens, je t’appartiens,

Ensemble nous faisons la route,

Et dis-moi de ces petits riens

Qui consolent qui les écoute.

Un tramway descend vitement

Trouant la nuit, la nuit de verre

Où va mon cœur en régiment

Tes beaux yeux m’envoient leur lumière

Entends battre mon cœur d’amant.

Ce matin vint une mésange

Voleter près de mon cheval.

C’était peut-être un petit ange

Exilé dans le joli val

Où j’eus sa vision étrange.

Ses yeux c’était tes jolis yeux,

Son plumage ta chevelure,

Son chant les mots mystérieux

Qu’à mes oreilles on susurre

Quand nous sommes bien seuls, tous deux

Dans le vallon j’étais tout blême

D’avoir chevauché jusque-là.

Le vent criait un long poème

Au soleil dans tout son éclat.

Au bel oiseau j’ai dit « Je t’aime ! »

 

✽ entre Châtillon-sur-Seine et Chaumont, le 5 avril 1915

— TRAIN MILITAIRE

 

Nous marchons, nous marchons d’un immobile pas.

Nous buvons au bidon à la fin du repas

Le dernier arbre en fleurs qu’avant Dijon nous vîmes

(Car c’est fini les fleurs des environs de Nîmes,)

Etait tout rose ainsi que tes seins virginaux.

Ma vie est démodée ainsi que les journaux

D’hier et nous aimons, ô femmes, vos images

Sommes dans nos wagons comme oiseaux en cages.

Te souvient-il encor du brouillard de Sospel ?

Une fillette avait ton vice originel…

Et notre nuit de Vence avant d’aller à Grasse ? Et l’hôtel de Menton ?…

Tout passe, lasse et casse…

Et quand tu seras vieille, ô ma jeune beauté

Lorsque l’hiver viendra après ton bel été,

Lorsque mon nom sera répandu sur la terre

En entendant nommer Guillaume Apollinaire

Tu diras « Il m’aimait » et t’enorgueilliras.

Allons ! ouvre ton cœur. Tu m’as ouvert tes bras.

Les souvenirs ce sont des jardins sans limite

Où le crapaud module un tendre cri d’azur.

La biche du silence éperdu passe vite.

Un rossignol meurtri par l’amour chante sur

Le rosier de ton corps où j’ai cueilli des roses.

Nos cœurs pendent ensemble au même grenadier

Dont les fleurs de grenade entre nos cœurs écloses

En tombant une à une ont jonché le sentier.

Les arbres courent fort, les arbres courent, courent

Et l’horizon vient à la rencontre du train.

Et les poteaux télégraphiques s’énamourent,

Ils bandent comme un cerf vers le beau ciel serein.

Ainsi beau ciel aimé, chère Lou que j’adore

Je te désire encore, ô paradis perdu.

Tous nos profonds baisers je me les remémore.

Il fait un vent tout doux comme un baiser mordu,

Après des souvenirs, des souvenirs encore...

 

✽ Mourmelon-le Grand, le 6 avril 1915

Ma Lou, je coucherai ce soir dans les tranchées

Qui près de nos canons ont été piochées.

C’est à douze kilomètres d’ici que sont

Ces trous où dans mon manteau couleur d’horizon

Je descendrai tandis qu’éclatent les marmites

Pour y vivre parmi nos soldats troglodytes.

Le train s’arrêtait à Mourmelon le Petit.

Je suis arrivé gai comme j’étais parti.

Nous irons tout à l’heure à notre batterie.

En ce moment je suis parmi l’infanterie.

Il siffle des obus dans le ciel gris du nord

Personne cependant n’envisage la mort.

Et nous vivrons ainsi sur les premières lignes

J’y chanterai tes bras comme les cols des cygnes

J’y chanterai tes seins d’une déesse dignes

Le lilas va fleurir.

Je chanterai tes yeux

Où danse tout un chœur d’angelots gracieux.

Le lilas va fleurir, ô printemps sérieux !

Mon cœur flambe pour toi comme une cathédrale

Et de l’immense amour sonne la générale.

Pauvre cœur, pauvre amour !

Daigne écouter le râle

Qui monte de ma vie à ta grande beauté.

Je t’envoie un obus plein de fidélité

Et que t’atteigne, ô Lou, mon baiser éclaté

Mes souvenirs ce sont ces plaines éternelles

Que virgules, ô Lou, les sinistres corbeaux

L’avion de l’amour a refermé ses ailes

Et partout à la ronde on trouve des tombeaux.

Et ne me crois pas triste et ni surtout morose

Malgré toi, malgré tout je vois la vie en rose

Je sais comment reprendre un jour mon petit Lou,

Fidèle comme un dogue, avec des dents de Loup ;

Je suis ainsi, mon Lou mais plus tenace encore

Que n’est un aigle alpin sur le corps qu’il dévore.

Quatre jours de voyage et je suis fatigué

Mais que je suis content d’être parti de Nîmes !

Aussi, mon Lou chéri, je suis gai, je suis gai

Et je ris de bonheur en t’écrivant ces rimes.

Cette boue est atroce aux chemins détrempés.

Les yeux des fantassins ont des lueurs navrantes.

Nous n’irons plus aux bois, les lauriers sont coupés,

Les amants vont mourir et mentent les amantes.

J’entends le vent gémir dans les sombres sapins

Puis je m’enterrerai dans la mélancolie

Ô ma Lou, tes grands yeux étaient mes seuls copains.

N’ai-je pas tout perdu, puisque mon Lou m’oublie ?

Dix-neuf cent quinze, année où tant d’hommes sont morts

Va-t’en, va-t’en aux Enfers des Furies

Jouons, jouons aux dés; les dés marquent les sorts

J’entends jouer aux dés les deux artilleries

Adieu, petite amie, ô Lou mon seul amour

Ô mon esclave enfuie,

Notre amour qui connut le soleil, pas la pluie

Fut un instant trop court.

La mer nous regardait de son œil tendre et glauque

Et les orangers d’or

Fructifiaient pour nous. Ils fleurissent encor.

Et j’entends la voix rauque

Des canons allemands crier sur Mourmelon

— Appel de la tranchée. —

Ô Lou, ma rose atroce, es-tu toujours fâchée

Avec des yeux de plomb ?

Ô Lou, Démone-Enfant aux baisers de folie

Je te prends pour toujours dans mes bras, ma jolie.

Deux maréchaux des logis jouent aux échecs en riant.

Une diablesse exquise aux cheveux sanglants se signe à l’eau bénite.

Quelqu’un lime une bague avec l’aluminium qui se trouve dans la fusée des obus [autrichiens.

Un képi de fantassin met du soleil sur cette tombe.

Tu portes au cou ma chaîne et j’ai au bras la tienne

Ici, on sable le champagne au mess des sous-officiers.

Les Allemands sont là derrière les collines

Les blessés crient comme Ariane

O noms plaintifs des joies énormes

Rome, Nice, Paris, Cagnes Grasse Vence, Sospel Menton, Monaco, Nîmes

Un train couvert de neige apporte à Tomsk, en Sibérie, des nouvelles de la Champagne

Adieu, mon petit, Lou, adieu Adieu,

Le ciel a des cheveux gris

✽ Courmelois, le 18 avril 1915

Mon loup, ma chérie

Je t'envoie aujourd'hui la première pervenche

Ici, dans la forêt on a organisé des luttes entre les hommes

Ils s'ennuient d'être tout seuls, sans femme, faut bien les amuser le [dimanche

Depuis si longtemps qu'ils sont loin de tout ils savent à peine parler

Et parfois je suis tenté de leur montrer ton portrait pour que ces [jeunes mâles

Réapprennent en voyant ta photo

Ce que c'est que la beauté.

Mais cela c'est pour moi, c'est pour moi seul

Moi seul ai droit de parler à ce portrait qui pâlit

À ce portrait qui s'efface

Je le regarde parfois longtemps une heure, deux heures

Et je regarde aussi les 2 petits portraits miraculeux

Mon cœur La bataille des aéros dure toujours

La nuit est venue

Quelle triste chanson font dans les nuits profondes

Les obus qui tournoient comme de petits mondes,

M’aimes-tu donc, mon cœur, et ton âme bien née

Veut-elle du laurier dont ma tête est ornée ?

J’y joindrai bien aussi de ces beaux myrtes verts

Couronne des amants qui ne sont pas pervers.

En attendant voici que le chêne me donne

Sa guerrière couronne

Et quand te reverrai-je, ô Lou, ma bien-aimée

Reverrai-je Paris et sa pâle lumière

Trembler les soirs de brume autour des réverbères

Reverrai-je Paris et les sourires sous les voilettes

Les petits pieds rapides des femmes inconnues

La tour de Saint Germain-des-Prés

La fontaine du Luxembourg

Et toi mon adorée, mon unique adorée

Toi mon très cher amour ?

Je t’aime tout plein tout gentiment

Mon joli petit Lou et je t’embrasse



Guillaume Apollinaire, Poèmes à Lou

 

Biographie de Guillaume Apollinaire (1880 - 1918)

1880 Naissance de Guillaume Apollinaris de Kostrowitzky à Rome le 26 Août 1880. Sa mère Angelica Kostrowitzky, une jeune polonaise, aura en 1882 un autre garçon, Albert, avec l'officier italien Francesco Fulgi d'Aspremont. Mais celui ci ne reconnaît pas ses deux enfants.
1885 Francesco Fulgi d'Aspremont abandonne Angelica Kostrowitzky. Celle-ci s'installe alors avec Guillaume et Albert dans la principauté de Monaco.
1890 Brillantes études de Guillaume Apollinaris de Kostrowitzky au lycée Saint-Charles de Monaco. Guillaume s'initie aux mythes antiques, et aux légendes médiévales.
1897 Guillaume est lycéen à Nice. Echec au baccalauréat. Composition de ses premiers poèmes.
1899 Angelica Kostrowitzky et ses deux enfants s'installent à Paris. Les débuts sont difficiles. Guillaume envoie poèmes et contes à des revues. Celles-ci les refusent.
1901 Guillaume part en Allemagne comme précepteur de français auprès de la fille de la vicomtesse de Milhau. Il tombe amoureux d'Annie Playden, la jeune gouvernante anglaise. Il découvre les légendes et paysages rhénans 
Il publie trois poèmes , signés Wilhem de Kostrowitzky
1902 Annie Playden, effrayée par la fougue de Guillaume Apollinaire finit par le rejeter. En Août 1902 il rentre à Paris . Il publie l'Hérésiaque dans la revue Blanche et signe pour la première fois Guillaume Apollinaire
1903 Il tient une rubrique dans la revue d'art dramatique. 
En Novembre 1903 et en mai 1904 il part à Londres pour revoir Annie Playden, mais en vain
1904 Il devient l'ami de Picasso et de Max Jacob. Cette rencontre permettra l'élaboration d'une théorie artistique nouvelle, le cubisme qui privilégie l'inspiration abstraite et géométrique au détriment de la représentation du réel
1907 Il rencontre grâce à Picasso, Marie Laurencin . Il en tombe amoureux  et aura avec elle une liaison passionnée jusqu'en 1912.
1909 Publication en novembre 1909 de l'Enchanteur pourrissant , illustré par Derain
1912 Marie Laurencin quitte Guillaume Apollinaire, ne supportant plus sa jalousie maladive
1913 Il s'installe Boulevard Saint-Germain, donne des conférences sur le cubisme.
Parution du Volume d'Alcools
1914 Au début de la guerre, il fait une demande, en tant que citoyen russe, pour être incorporé dans l'armée française. Il sera finalement affecté en décembre 1914 dans l'artillerie. Entre-temps, il tombe amoureux en septembre 1914 de Louise de Coligny-Chatillon surnommée Lou. Mais la jeune femme rompt rapidement cette liaison.
1915 Dans un train, il rencontre Madeleine Pagès avec qui il se fiancera 
Parution du Poète assassiné
1916 En mars il est blessé à la tête par un éclat d'obus et est trépané. Il passera la fin de la guerre à Paris. Il rompt ses fiançailles avec Madeleine
1917 Il termine un roman, La femme Assise et prépare un recueil de poèmes : Calligrammes
1918 Le 15 avril, publication de Calligrammes. 
Le 2 mai, il épouse Jacqueline Kolb. 
Le 9 novembre 1918, il meurt à trente-huit ans , d'une grippe espagnole. Dans les rues, les parisiens célèbrent la fin de la guerre.

 


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